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Dans la magie des canaux de Patagonie

Dans la magie des canaux de Patagonie

Un récit de Jean-Pierre Guillaume – Photos: Jean-Pierre Guillaume

Une croisière à voile inoubliable

J’ai embarqué avec Olivier pour une navigation dans les canaux de Patagonie en février 2012. Ushuaia, Puerto Williams, Tour du Cap Horn, glaciers du Canal de Beagles…ces lieux ont à jamais impregné ma mémoire.

Naviguer au pied des glaciers, au milieu de nulle part, est un moment magique hors du temps et de la frénésie de nos vies quotidiennes. 

Je rêve depuis de retourner dans le grand sud et d’accompagner Olivier en Antarctique.

 

Voici quelques moments marquants de cette navigation.

 

Après les formalités de sortie d’Argentine, nous mettons le cap sur Puerto Williams au Chili, de l’autre côté du Canal de Beagle. Nous y ferons les formalités d’entrée dans les eaux territoriales chiliennes, notre terrain de jeu pour les prochaines navigations.

Nous amarrons à couple du Micalvi, un bateau ravitailleur ayant terminé sa carrière dans les canaux de Patagonie et désarmé en 1961.

Il est échoué comme ponton et Yacht Club dans un bras protégé de Puerto Williams. En touchant le fond, le bateau a pris une légère gîte sur tribord.

Le sol du bar est en pente, mais tant que l’on n’a pas bu quelques Pisco Sur…

Puerto Williams, le Micalvi

Après cette 1ère courte navigation transfrontalière, nous enchaînons les bords dans les canaux, surplombés par les montagnes enneigées desquelles dévalent des bourrasques de vent.

Nous sillonnons dans le dédale des canaux, allons de mouillage en mouillage, tous plus sauvages et solitaires les uns que les autres.

Caleta Olla, en remontant les canaux de patagonie

Caleta Marcial, près du Cap Horn

Au cours de nos navigations, nous croisons une faune extraordinaire : voir voler les albatros, plonger les pingouins, nager les dauphins et les rorquals est tout simplement magique…

Isla Martillo, avec une colonie de manchots

Parmi les mouillages qui m’ont marqué, je me souviens de cette nuit passée au pied des glaciers.

Le bruit généré par le détachement d’énormes blocs de glace qui tombent dans la mer est impressionnant. C’est là que je prends pleinement conscience que le glacier avance en permanence.

Le glacier Seno Pia

Un autre moment inoubliable est la nuit passée au bout d’un ponton à Puerto Toro, et notre rencontre avec les pécheurs de Centolla, une espèce de crabes géants. 

Nous avons troqué quelques kilos de crabe contre cigarettes et vin. Cela a été l’occasion d’un enchaînement de festins et de recettes à base de crabe!

Puerto Toro, dans l’archipel des Wollaston

Les Centolla, crabes géants

Avant ou après cette navigation, je conseille de lire « Qui se souvient des hommes… » de Jean Raspail qui retrace l’épopée des peuples autochtones depuis leur arrivée en terre de feu il y a 10 000 ans jusqu’à nos jours.

Cette lecture fait écho à ce que j’ai ressenti en naviguant dans ces contrées vierges aussi sublimes qu’isolées et où la vie à l’année y est rude.

Merci Olivier d’avoir partagé ta passion pour ces contrées lointaines qui donnent envie d’y retourner.

Naviguer sous le soleil et dans l’eau cristalline des Antilles est extraordinaire, mais explorer les eaux froides et lointaines du Grand Sud, hors des sentiers battus, au pied de glaciers impressionnants et au contact d’une faune incroyable est tout simplement un moment unique et inoubliable !

PROCHAINE CROISIÈRE DANS LES CANAUX DE PATAGONIE

Du 6 au 24 décembre 2021 – 17 jours

Embarquement : Valparaiso, Chili

Débarquement : Ushuaia, Argentine

Ma traversée transatlantique à bord de Marama: une expérience inoubliable

Ma traversée transatlantique à bord de Marama: une expérience inoubliable

Un récit de Emy Ritt – Transatlantique du 9 juin au 7 juillet 2020

Une opportunité transatlantique inattendue

En mars 2020, j’ai eu le privilège de participer à la concrétisation du rêve de mon ami Olivier qui, au bout d’une quête de dix ans, s’est retrouvé propriétaire de Marama, un ketch de 100 pieds / 31 mètres.

Notre mission : récupérer Marama à Antigua (Guadeloupe) avec 5 autres équipiers et le ramener en France, à Saint Brieuc au port du Légué.

Faire partie du premier voyage d’Olivier en tant que propriétaire de MARAMA était encore plus excitant, et mettre les voiles au début juin, alors que la première phase du Confinement se terminait, était un timing parfait.

 En raison du COVID-19, de nombreux documents étaient requis à chaque arrêt en cours de route.  Olivier avait obtenu la permission officielle du gouvernement d’Antigua d’atterrir à l’aéroport de l’ANU et de se rendre directement au bateau, ce qui nous a valu une escorte policière, girophares hurlants, depuis l’aéroport sur la côte nord d’Antigua à English Harbour – sur la côte sud – où se trouvait MARAMA !

Lorsque je repense à ce voyage de 29 jours, ce qui reste vivant dans ma mémoire, ce sont les quarts de nuit à la barre, seule au milieu de l’océan pendant que les autres équipiers dormaient. Naviguer sous les étoiles, avec la lune qui montait régulièrement, était une expérience magique et méditative. Chaque quart nocturne à la barre était l’occasion d’étudier les constellations et d’observer les planètes visibles sur leur orbite – une expérience inoubliable.

9 juin 2020 : embarquement sur MARAMA à English Harbour, Antigua

Après plus de douze heures de voyage depuis Paris, nous avons embarqué sur MARAMA à 18h00 heure locale à Antigua.

Première mission : organiser les tonnes de nourriture livrées avant notre arrivée, tandis que Olivier et le First Mate Adrien inspectaient le bateau, pouce par pouce.

À 20h00, nous étions prêts à prendre notre premier repas à bord. Il faisait 30 degrés Celsius, parfait pour dormir sur le pont. À bord du MARAMA, qui n’avait pas été aéré pendant des mois, la chaleur était écrasante et la température de la salle des machines, où se trouvaient le moteur et le désalinisateur, n’avait rien à envier à sauna ! Après quelques jours de ventilation, la température était plus vivable.

 Mais je me rappellerai toujours ce moment où nous avons quitté Antigua et que le bateau a traversé les premières vagues en douceur et avec grâce…nous avions tous le sourire.

PHOTO Philippe BLIN – Le voilier Marama nous attendant à Antigua

PHOTO Philippe BLIN – Olivier le skipper à la voile de Marama

Départ d’Antigua

12 heures après avoir quitté English Harbour, nous arrivons à St Barth. Accablés par le décalage horaire et la longue navigation du premier jour, nous nous sommes autorisé des heures de sommeil supplémentaires.

Le lendemain, nous reprenions la navigation vers St Martin pour récupérer des coussins destinés au cockpit central puis avons pris direction les Açores.

Nous partions pour 18 jours de navigation…

La vie à bord du MARAMA

 La vie à bord du MARAMA était rythmée par les changements de voiles, les tâches d’entretien, les repas, les dégustations de vins, les quarts nocturnes, les observations de dauphins, la photographie, le sommeil, la lecture, l’écriture, la réflexion, et la méditation.

Sabine, qui faisait partie de l’équipage, a même terminé d’écrire son deuxième roman ! Quant à Ophélia, elle a réussi à gérer son équipe d’étudiants diplômés à distance.

Quant à moi, j’ai lu huit livres pendant la traversée !

Naviguer sous les étoiles

Mon moment préféré. La navigation de nuit est organisée autour d’un planning où des quarts se succèdent de 22H à 8H. Chaque jour, le quart des membres d’équipage démarrait une heure plus tard que la veille, afin de partager l’expérience du pilotage de MARAMA à toute heure. Lorsque mon premier quart a commencé, le soleil se couchait et la lune se levait. J’ai ainsi pu observer le ciel à toutes les heures de la nuit, ainsi que tôt le matin.

 Seule à la barre sous les étoiles, les planètes et la lune, je ne pouvais m’empêcher de penser que la navigation de nuit de MARAMA était une continuation d’une tradition nautique depuis le début des temps. Nous observions les mêmes étoiles et planètes que les premiers navigateurs – difficile à croire ! Etre au milieu de l’océan sous le ciel nocturne, seule à la barre, était une expérience magique et émouvante, une chance de toute une vie.

Les repas 

Les repas étaient l’occasion de partager un moment avec tous les membres de l’équipage réunis. Christian, un ancien chef de cuisine, s’est porté volontaire pour gérer la plupart des repas. Pour le petit déjeuner, chaque personne a préparé sa propre nourriture en fonction de son horaire de quart et de sommeil. Des dégustations de vins en soirée ont été organisées par Ophélia, qui avait également commandé tous les ravitaillements et fournitures à l’avance, une tâche gargantuesque.

Les changements de voile 

Les changements de voile nécessitaient trois ou quatre personnes pour hisser ou affaler les voiles. Lorsque le vent a changé au milieu de la nuit, entraînant un changement des voiles, le sommeil des principaux membres de l’équipage était interrompu. Ah, le côté romantique des traversées transatlantiques ne cesse jamais !

 

PHOTO – Philippe BLIN – L’équipage s’affairant sur les voiles

PHOTO – Philippe BLIN – Olivier à la manoeuvre pour hisser les voiles

PHOTO – Philippe BLIN – Les voiles de Marama dressées vers le ciel

PHOTO Emy RITT – Une vue du carré à travers une vitre ombragée montrant le duo dynamique, Skipper Olivier à droite et le No. 1 Adrien à gauche, réglant les voiles et le gréement.

Aspects et conditions de la croisière à bord de MARAMA

À bord du MARAMA, divers aspects et conditions ont eu un impact sur la vie quotidienne, tels que le temps, la chaleur, le froid, les vents violents, la mer forte, les grosses houles, l’angle d’inclinaison, un approvisionnement limité en eau chaude et tout bruit ou odeur provenant du moteur et les autres équipements.  

Mais, après la première semaine, nous étions tous habitués aux mouvements de MARAMA et avons profité des coins et recoins du navire pour lire et nous détendre lorsque notre présence n’était pas nécessaire sur le pont ou ailleurs.

Arrivée à Horta, Faial, Açores

Le lundi 29 juin, après dix-huit jours en mer, nous arrivons à HORTA, située sur Faial, l’une des neuf îles des Açores. Entrer dans le port au lever du soleil était magique. Ne pouvant pas débarquer en raison du COVID, nous avons eu le privilège de nous faire livrer une commande de courses par le personnel de la célèbre «Café Peter», vêtus de combinaisons et masques anti-covid ! Sala Peter est bien connue dans les cercles nautique et transatlantique pour son café, son bar et ses services de livraison.

Avant de larguer les amarres, MARAMA a laissé sa signature peinte sur le quai, une tradition pour tout bateau faisant escale à Horta.

PHOTO Emy RITT – Marquage traditionnel sur le quai du port d’Horta !

PHOTO Emy RITT – L’équipage du Café Peter vêtu de leurs bonnets célèbres bleus et jaunes avec costume EPI blanc. Bienvenue à la voile au temps du COVID !

Cap sur notre arrivée – St Brieuc, Bretagne, France 

Le 29 juin, nous entamions la dernière partie de la transatlantique, avec une arrivée prévue pour le 7 juillet. A mesure que nous nous rapprochions de la côte bretonne, la température devenait de plus en plus fraîche, la taille des vagues et des houles grossissait, à tel point que j’avais par moments l’impression d’être dans une machine à laver, surtout quand on était dans la cuisine ou le cabine !

Passer d’un point à un autre nécessitait de se tenir à tout moment. Dormir confortablement la nuit sans crainte de tomber du lit était très difficile (disons impossible) sans un équipement spécial appelé «anti-rouli».

A l’approche de la Bretagne, Olivier nous a guidés à travers le célèbre passage entre l’île d’Ouessant et le phare de Jument. Dans douze heures environ, nous entrerions dans le nouveau port d’attache de MARAMA à Saint Brieuc et le port du Légué.

Au cours de ma dernière nuit de quart, j’ai pu observer la lune de sang semi-annuelle se levant lentement au cours des six heures suivantes de l’horizon à son sommet – une expérience vraiment magique. Le matin du mardi 7 juillet, nous apercevons Saint Brieuc et nous nous dirigeons vers l’entrée du port du Légué.

PHOTO Emy RITT – Skipper Olivier à la barre de MARAMA à l’entrée de St Brieuc, au Port du Légué.

PHOTO Emy RITT – L’entrée de Saint Brieuc, le Port du Légué le 7 juillet 2020 après 29 jours en mer.

Arrivée à Saint Brieuc

Le mardi 7 JUILLET 2020, à 9h, après vingt-neuf jours en mer, nous arrivons à Saint Brieuc.

La famille et les amis du skipper, dont son père et sa mère de 88 et 81 ans, étaient tout le long du quai pour accueillir MARAMA. Le filleul d’Olivier avait fait 100 km à vélo pour être présent à l’arrivée de son parrain. Des amis avaient voyagé de Paris pour assister à l’événement. Lorsque MARAMA est entré dans l’écluse, ils ont tous sauté à bord pour faire le voyage historique de 500 mètres à travers l’écluse et dans l’espace alloué à MARAMA. C’était un moment plein d’émotion.

Une fois le bateau amarré, nous avons eu droit à un café et des croissants chauds grâce à Adrien, le meilleur No. 1 du monde, qui a couru à la boulangerie la plus proche. Le midi, nous avons eu droit à l’apéritif au champagne accompagné d’hors-d’œuvre, suivi d’un délicieux déjeuner au restaurant d’à coté.

Le soir, pour ceux.celles qui étaient encore à bord, des crabes frais et des huîtres, avec du vin – bien sûr – faisaient partie du plan.

Pour ma part, j’étais à la maison à 21h et j’ai sauté dans un bain chaud. La pièce bougeait constamment pendant environ une semaine à cause du «mal de terre».

PHOTO Sala Peter – Equipage de MARAMA – de gauche Emy, Sabine, Ophelia, Olivier, Adrien, Philippe debout, Christian à droite, avec nos amis du Peter’s café qui portaient toujours leurs combinaisons EPI, masques et chapeaux – les Blues Brothers d’HORTA.

PHOTO Emy RITT – Les amis et la famille à bord de MARAMA pour le voyage historique de 50 mètres à travers l’écluse.

MERCI, Skipper Olivier, de m’avoir donné l’opportunité de participer à l’aboutissement de votre quête de 10 ans pour devenir propriétaire de MARAMA. Voir tes parents, filleul, amis et supporters t’accueillir dans ta ville natale de Saint Brieuc a été un privilège. Bonne chance pour les rénovations et le début de votre programme de croisières sur MARAMA dès octobre / novembre 2020.

Emy RITT